Un film… à voir !

26 juillet 2010

Un film à voir au Star à Strasbourg… EXCELLENTISSIME !!! Le thème, d’un homme de 34 ans, atteint de la trisomie 21, qui sur son lieu de travail va vouloir séduire une collègue, la question du handicap et des relations possibles avec ses incompréhensions, et le regard du coté du handicap et du coté des autres… un film espagnol en VOST… un vrai coup de coeur et un bon moment… 

 http://www.dailymotion.com/videoxe24jd

Laurent le Nainternet…

Psychiatrie: un décret encadre les délais d’examen de demandes de sortie de HO et de HDT

26 mai 2010

PARIS, 25 mai 2010 (APM) – Un décret, publié au Journal officiel de samedi, encadre le délai d’examen des demandes de sortie d’hospitalisation d’office (HO) et d’hospitalisation à la demande d’un tiers (HDT).

L’objectif de ce décret est de « se mettre en conformité avec la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme » (CEDH) sur l’examen à « bref délai » des demandes de sortie immédiate, est-il indiqué dans l’étude d’impact du projet de loi sur les soins sans consentement en psychiatrie.

Ce document, rédigé par le ministère de la santé et annexé au projet de loi présenté en conseil des ministres le 5 mai, a annoncé la parution à venir du texte et a fourni un argumentaire.

La nouvelle procédure entre en application pour toutes les requêtes déposées à partir de dimanche.

Le décret est pris en application de l’article L. 3211-12 du code de la santé publique relatif au prononcé de la sortie immédiate des personnes hospitalisées sans leur consentement par le juge des libertés et de la détention (JLD).

La sortie immédiate est décidé le JLD après requête du patient concerné, d’un proche ou d’une personne susceptible d’agir dans son intérêt, de la personne ayant demandé l’HDT ou du préfet s’il a demandé l’HO. Le JLD peut aussi se saisir d’office. Il statue en référé, après débat contradictoire, rappelle-t-on.

Le décret fixe un délai de 12 jours pour l’examen de la demande du patient par le JLD ou, en cas d’appel, par le premier président de la cour d’appel, à compter de l’enregistrement de la requête au greffe.

Si le JLD décide de demander une expertise psychiatrique du patient, qui doit être rendue dans les 15 jours après la désignation de l’expert, le délai est porté à 25 jours.

Le décret indique que la requête peut être déposée à l’établissement de santé d’accueil si elle émane du patient, par écrit ou par « déclaration verbale recueillie par le directeur » de l’hôpital, qui établit ensuite un procès-verbal, transmis au greffe du tribunal.

Dans ce cas, le directeur devra fournir au tribunal les informations administratives sur la nature de l’hospitalisation (HO ou HDT, nom du tiers demandeur de l’HDT).

Le décret détaille la procédure d’information sur la demande de sortie et notamment les nouvelles obligations des directeurs d’établissement.

Le JLD entend la personne hospitalisée, « sauf si son audition est de nature à porter préjudice à sa santé ». Il entend aussi le tiers qui a demandé l’HDT ou le préfet dans le cas d’une HO.

La décision de sortie prise par le JLD est « exécutoire de plein droit même en cas d’appel ».

La décision du JLD est susceptible d’appel sous dix jours. L’ordonnance d’appel peut faire l’objet d’un pourvoi en cassation.

S’il y a des demandes « répétées » et « manifestement infondées », le JLD peut rejeter la demande sans tenir d’audience

EVITER DE NOUVELLES CONDAMNATIONS

Aucun délai n’était fixé jusqu’à présent pour cette procédure de sortie et la France s’est fait condamner à plusieurs reprises par la CEDH pour des délais jugés excessifs. L’étude d’impact mentionne sept condamnations entre juin 2002 et mars 2006.

« Les durées de procédure qui ont été jugées excessives par la Cour étaient toujours supérieures à un mois », à l’exception d’une affaire, indique l’étude d’impact.

La CEDH s’appuie sur l’article 5 alinéa 4 de la Convention européenne des droits de l’homme qui fixe une exigence de « bref délai » pour statuer sur la légalité d’une décision de détention, à laquelle l’hospitalisation sans consentement est assimilée.

Par jurisprudence, la CEDH « considère que la procédure d’appel est également soumise à cette exigence de bref délai », indique l’étude d’impact.

Pour la CEDH, le point de départ du bref délai « commence le jour du dépôt de la demande et se termine le jour de la décision du juge ». Le fait que la personne ait pu bénéficier d’une sortie d’essai avant la décision de levée n’est pas pris en compte, car la personne est restée sous le régime d’hospitalisation sans consentement dans ce laps de temps.

(Etude d’impact du projet de loi relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et aux modalités de leur prise en charge consultable surwww.assemblee-nationale.fr/13/pdf/projets/pl2494-ei.pdf)

(Décret n°2010-56 du 20 mai 2010 relatif à la procédure de sortie immédiate des personnes hospitalisées sans leur consentement prévue à l’article L. 3211-12 du code de la santé publique, JO du 22 mai, texte 7)

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COMMUNIQUE DE PRESSE ADVOCACY FRANCE

25 mai 2010

Les usager-e-s de la Psychiatrie et en Santé Mentale dénoncent le projet de loi « relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et à leurs modalités de prise en charge »
Nous sommes opposés à cette proposition de loi qui n’apporte pas de réponse à la hauteur des problèmes que nous posons depuis 10 ans.
Aujourd’hui, à l’heure de la Convention de l’ONU sur les Droits des Personnes Handicapées, à l’heure où les comportements et propos discriminatoires pour fait de maladie ou de handicap sont considérés comme punissables par la Loi, et justifient de faire appel à la HALDE, faire une loi sur l’obligation de soin en psychiatrie qui ignore la judiciarisation de la procédure c’est vouloir maintenir et maintenir le principe qu’une privation de liberté soit prise sans décision de justice, c’est maintenir le principe de la « lettre de cachet ». La loi prétend maintenir et accroître les droits des usagers. Elle n’apporte rien de plus que la loi du 27.06.1990 à ce sujet, et c’est à la personne déjà mise sous contrainte de faire un recours, si elle le peut, et d’apporter les preuves du bien fondé de sa démarche et non à la puissance publique de faire la preuve de son bien fondé en droit auprès du juge.
L’Association Advocacy France a fait connaître dans un texte auditionné en janvier 2008 par la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme les conditions dans lesquels pourraient s’exercer la négociation avec la personne en crise et la pratique d’un juge aux affaires psychiatriques (texte largement diffusé et disponible sur le site www.advocacy.fr)
Le combat pour lutter contre les troubles psychiques ne saurait s’imaginer sans une mobilisation de la personne elle-même. C’est bien du changement du regard de la personne sur elle-même dont il s’agit. Comment alors concevoir le soin sans consentement. Certes, les neuroleptiques peuvent agir à l’insu de la personne. Il s’agit alors d’un traitement contraint et non d’un soin. Ce changement sémantique est important, lorsque l’on respecte les personnes. Sans tomber dans la caricature, rappelons que dans le passé des traitements inhumains ont été exercés en faisant croire à des mesures d’hygiène.
La contention peut être nécessaire dans une situation d’urgence, en face d’un danger imminent pour la personne ou pour les autres, c’est toujours un échec thérapeutique et la montée en charge de ce genre de pratique en est révélatrice. Tous les moyens doivent être été utilisés pour l’échange, la persuasion et la négociation, dans les situations de crises. C’est pour répondre de manière adaptée aux situations de crise que nous demandons la création d’équipe d’urgence en psychiatrie et le recours aux personnes de confiance. Les centres d’accueil et de crises ouverts sur les secteurs ont été fermés par économie.
Rappelons que l’hospitalisation sous contrainte ne représente plus qu’un nombre limité des hospitalisations. Nous réclamons un authentique accès à des soins de qualité La plupart des personnes veulent un soin, mais pas au prix d’une stigmatisation, d’une prise massive de médication et d’une absence de prise en compte. Que fait-on de cette demande ? Répondre à cette demande permettrait sans doute de diminuer encore le nombre de personnes refusant des soins ou les arrêtant brutalement.
Nous unissons cette démarche à celle du collectif des 39 et de l’Intersyndicale des Psychiatres de secteur public (communiqué du 21 avril)
Si la contention peut, de manière exceptionnelle être utilisée en urgence, cette notion est contradictoire avec celle des soins en ambulatoire, qui, par définition sortent du champ de l’urgence Il est évident que la mise en place d’un traitement contraint à domicile n’est pas la réponse à une situation d’urgence. Dans ce sens nous affirmons que la légalisation des soins contraints en ambulatoire est un outil pour éviter d’échanger, de parler, voir de négocier avec la personne en souffrance psychique, bref de la prendre en compte au seul bénéfice d’un rapport de pouvoir unilatéral.
Nous récusons le fait que dans cette proposition de loi l’article L3211-8 établisse un lien de cause à effet entre obligation de soin et possibilité de mise sous curatelle/tutelle. Nous dénonçons ici le risque d’ « effet cliquet »entre deux mesures, toutes deux privatives de liberté, mais qui n’ont ni la même nature, ni la même fonction. Quid de la nouvelle loi, entrée en vigueur en 2009, qui devait limiter le recours à la saisine directe par les institutions.
Nous dénonçons l’absence d’avancée réelle des droits des patients et de mesures nouvelles dans ce domaine. Le respect profond des praticiens pour le champ de compétence du confrère annulera à coup sûr toute velléité du nouveau collège de contredire le confrère en charge du patient.
Reste la douloureuse question de la prévention des homicides. Il est aujourd’hui prouvé que les homicides commis par des personnes délirantes sont beaucoup moins nombreux que ceux commis par d’autres personnes. Qu’en est-il de cette prévention-ci et qu’en est-il de l’effet destructeur voir incitateur de la mesure discriminatoire ?
Nous dénonçons le fait que la législation ne prennent en compte de manière spécifique les patients ayant fait l’objet d’une poursuite pénale à la suite d’un crime ou un délit (aboutissant à un non-lieu dans la situation juridique actuelle) qu’en instaurant des prisons psychiatriques et que cela facilite l’amalgame de traitement avec des personnes dont la prise en charge est uniquement justifiée par la souffrance psychique.
Nous réclamons une véritable politique de santé mentale prenant en compte l’ensemble des pratiques de soins, de prévention et d’inclusion dans la cité, incluant de fait une psychiatrie de qualité avec les moyens de suivre les personnes et de rechercher une alliance thérapeutique en prenant en compte les familles, mais sans faire l’amalgame des points de vue de chacun.
Nous demandons la reconnaissance des personnes pairadvocate, personnes de confiance, au côté des personnes ayant des problèmes de santé mentale, comme cela est fait dans de nombreux pays européens et au Québec.

Est-il encore possible d’arrêter la destruction de la psychiatrie ?

25 mai 2010

Est-il encore possible d’arrêter la destruction de la psychiatrie ? 20/05/10 18:21

Article publié le jeu, 20/05/2010 – 15:01, par – Mediapart.fr
Bernard Durand, président de la Fédération d’aide à la santé mentale Croix Marine, réagit au reportage diffusé mardi soir sur France 2 dans l’émission «Les infiltrés», et tourné dans un service hospitalier de la région parisienne.
—————— Le reportage sur un service de psychiatrie de la banlieue parisienne réalisé dans l’émission de France 2 «Les Infiltrés» suscite un malaise certain. Difficile pour un psychiatre qui a consacré sa vie professionnelle à rendre au malade mental sa dignité et à faire en sorte que l’asile de ses débuts soit définitivement révolu, d’être confronté à un tel document. Et que dire pour les patients eux-mêmes et
leurs proches qui constatent qu’en 2010, on peut encore traiter un malade d’une manière aussi inhumaine, ce qui ne peut que les dissuader de recourir à la psychiatrie ?
Si le parti pris du journaliste infiltré était de dénoncer, ce qui constitue un biais certain pour rendre compte d’un quotidien –car je suis persuadé qu’il aurait pu filmer d’autres occurrences dans le même service qui auraient montré des gestes très différents, d’attention, voire de tendresse– il n’en reste pas moins que ce qui nous est montré là est inacceptable et intolérable. Mais avant de jeter la pierre à quiconque, il faut s’interroger ensemble sur le pourquoi de cette démission collective qui nous rend tous responsables de tels excès. Pourquoi la pathologie mentale, la folie reste-t-elle l’objet de tant de préjugés, de la part des médecins, des politiques ou de l’opinion publique façonnée par une presse et des écrans qui préfèrent l’émotion à l’analyse de la réalité ? Devant un tel désastre, il est temps de rappeler un certain nombre d’évidences et d’ouvrir des perspectives.
La première évidence concerne l’objet même de la psychiatrie. Un des plus grands psychiatres du 20ème siècle, Henri Ey, disait que le malade mental était avant tout un homme entravé dans sa liberté, diminué dans l’exercice de son activité proprement humaine de coexistence par une désorganisation de son être et qu’il ne pouvait se réduire à l’image de l’aliéné. C’était affirmer qu’une approche de la folie construite sur des références strictement médicales ne suffit pas : il est indispensable de prendre en compte une dimension anthropologique qui manque cruellement, lorsque le savoir psychiatrique devient de plus en plus celui des molécules susceptibles d’éradiquer ce que le DSM (1) appelle «des troubles», définis selon de soi-disant normes.
La psychiatrie n’est pas une science, mais une forme d’exercice de la médecine qui doit s’appuyer sur de nombreuses références, médicales, neurologiques, génétiques et si les avancées des neurosciences permettent de mieux comprendre certains aspects de la vie mentale qui déboucheront tôt ou tard sur des traitements plus efficaces et peut-être mieux tolérés, vouloir réduire le psychisme au cerveau, ce que ne font pas les neurobiologistes eux-mêmes, constitue une erreur dramatique et aussi ridicule que d’aborder un tableau de Léonard de Vinci ou de Van Gogh en ne considérant que le type de pigments utilisés. Les sciences humaines, psychologiques et sociales sont tout aussi nécessaires et l’on commence à voir la régression humaine qu’implique un modèle où l’homme, réduit à son comportement, devient objet d’observation qu’il s’agit d’objectiver et de classer afin de réduire son trouble, sans même prendre le temps d’écouter sa souffrance et de comprendre le contexte dans lequel celle-ci est devenue manifeste.
La seconde évidence est qu’en psychiatrie le plateau technique, comme l’on dit dans les hôpitaux, est constitué avant tout d’individus, qu’ils soient médecins, infirmiers, psychologues, rééducateurs. Le soin psychique implique de prendre en compte la question du sujet et ne peut faire l’économie de la rencontre intersubjective. On ne progressera dans la qualité des soins en psychiatrie que par l’octroi des moyens humains nécessaires, cela doit être répété, et de ce point de vue, on doit accepter qu’il s’agisse d’une discipline coûteuse, comme les disciplines médicales les plus pointues le sont par ailleurs, du fait de matériels sophistiqués.
Mais le nombre ne suffit pas. Encore faut-il que l’on dispose de personnels correctement formés: cela est vrai pour les psychiatres qui ont tout autant besoin de connaissances médicales confirmées que d’une formation en sciences humaines et sociales, cela est également vrai pour les personnels infirmiers qui sont mis en face de malades dont on a à peine évoqué l’existence durant leur cursus de formation. Il faut des mois et des années pour savoir repérer des signes d’angoisse de dépersonnalisation, trouver les gestes qui enserrent et rassurent, disposer des mots qui soulagent cette angoisse. Aujourd’hui, cette clinique de la relation au quotidien n’est plus le fait que de certains vieux infirmiers qui partent tous à la retraite sans que leur soient donnés les moyens de la transmission. Les professionnels récemment formés sont démunis et vivent dans la crainte d’une violence qu’ils redoutent, leur propre inquiétude n’ayant pour effet que de faciliter la montée de l’angoisse chez les patients qui prélude aux réactions agressives et violentes. Ce véritable cercle vicieux conduit au fait que l’on n’a jamais autant utilisé les prescriptions de contention et les chambres d’isolement qu’aujourd’hui.
Il y a urgence à reconsidérer la formation des soignants de la psychiatrie: en chirurgie, on ne met pas dans les salles d’opération des infirmiers fraîchement émoulus de l’école, mais on exige d’eux une formation spécialisée supplémentaire; il est indispensable de l’exiger de ceux qui travaillent dans la pathologie du lien humain. La formation permanente aurait pu répondre pour une part à ces besoins mais faute de remplaçants, les directions des soins des établissements refusent souvent les formations demandées. Et, osons le dire, les crédits de formation sont utilisés de manière prioritaire pour ce qu’on appelle la «démarche qualité», afin d’être conforme lors des visites de certification de la HAS (2). Cette démarche qualité, qui n’a plus aujourd’hui pour objectif que de tendre vers le risque zéro, est malheureusement devenue une caricature qui produit en fait conformisme, déresponsabilisation et désinvestissement professionnel. L’ensemble des procédures obligées et des protocoles consomment des tonnes de papiers et des centaines d’heures de soignants qui sont de plus en plus immobilisés devant des écrans à rendre compte de ce qu’ils sont censés faire, à défaut d’avoir le temps de le faire.
La sécurité est indispensable en psychiatrie, non pas simplement la seule sécurité opposée à une menace potentielle comme la ressentent de plus en plus de jeunes soignants, mais la sécurité interne que donne le fait de travailler dans de vraies équipes où l’on peut échanger à la fois sur les patients et le vécu des équipes face aux réactions suscitées par la pathologie mentale, une vraie sécurité qui permet de prendre le risque d’une relation à l’autre si différent et pourtant si proche si l’on prend le temps de l’écouter.
Una autre évidence à considérer en psychiatrie, c’est que si le temps de l’hospitalisation doit être aussi limité que possible, il ne peut se calquer, là aussi, sur le temps de la médecine somatique. Une des conditions pour que les soins soient opérants est qu’une relation de confiance se construise avec le patient, en particulier lorsqu’il s’agit de quelqu’un réputé schizophrène. L’alliance thérapeutique demande du temps, de la disponibilité et de la constance et ne vient qu’après le temps du déni initial et de l’ambivalence qui conduit à tenter d’interrompre les soins à peine engagés, et ce d’autant plus qu’une relation de confiance et des liens transférentiels ne sont pas encore vraiment solides.
Il n’est pas acceptable de faire sortir des patients dont on sait que le temps des soins ambulatoires n’est pas encore de mise, simplement parce qu’il y a «plus malade» que lui à admettre dans le service. Cela conduit au mieux à des hospitalisations répétées, au pire à des tragédies qui viendront nourrir la quête obsessionnelle de la sécurité. Et la semaine suivante, lorsque ce patient reviendra, il s’agira administrativement d’une autre hospitalisation: les gestionnaires seront contents et l’on pourra proclamer partout que la durée moyenne de séjour a diminué en psychiatrie (les belles économies!) et qu’il y a de plus en plus de patients suivis.
Le reportage de France 2 met dramatiquement en évidence l’absence de prise en compte de la dimension institutionnelle dans le travail de prise en charge des patients. Nos aînés, avant même l’apparition des neuroleptiques, avaient compris que l’on pouvait changer l’ambiance dans l’asile de l’époque, en utilisant les ressources collectives des soignants et des patients eux-mêmes, grâce à l’organisation d’activités et d’espaces de parole partagés. Aujourd’hui, c’est le Contrôleur général des lieux de privation de liberté qui dénonce le fait que les patients sont confrontés à l’ennui du fait de l’insuffisance des activités proposées et qu’ils n’ont d’autre opportunité que de rester, des journées entières, passifs devant la télévision. Ce travail d’animation et d’attention aux petites choses du quotidien était constitutif de la démarche thérapeutique: on parlait alors de psychothérapie institutionnelle, dimension essentielle sur laquelle la plupart des universitaires de psychiatrie ont fait l’impasse, au bénéfice de protocoles standardisés qui permettent de limiter au maximum le travail de pensée et la confrontation à la réalité clinique.
Enfin, il faut rappeler que le temps d’hospitalisation ne prend son sens que par rapport à un projet de soins qui s’inscrit dans une continuité de prise en charge. La France avait construit un dispositif qui a été longtemps considéré comme un modèle à l’étranger: celui-ci organisait la proximité et la continuité des soins sur un territoire à dimension humaine appelé secteur. Certes, cette politique de sectorisation a été inégalement mise en œuvre et a souvent pâti de la culture des soignants issus de l’asile, qui avaient une propension à vouloir tout gérer de la vie des patients. Cela a conduit les équipes de secteur à ignorer trop souvent les autres acteurs présents dans la cité, au premier chef les familles, mises fréquemment à l’écart, les médecins généralistes, les travailleurs sociaux, les acteurs associatifs. Il est nécessaire de repenser cette pratique de secteur à l’aune des nouveaux territoires de santé prévus dans la loi HPST (3) et de la loi de février 2005 qui a reconnu que les personnes présentant des troubles psychiques au long cours avaient également le droit de bénéficier des compensations que notre société reconnaît aux personnes en situation de handicap. Cette dernière a permis des avancées comme cette innovation fantastique des groupes d’entraide mutuelle (GEM) qui sont des espaces d’accueil et de construction de liens sociaux, gérés par les usagers eux-mêmes en dehors du regard des soignants (ce dont doutent encore certains d’entre eux). Le «plan psychiatrie et santé mentale 2005-2008» avait commencé à décloisonner la psychiatrie et le dispositif médico-social, trop souvent ignoré, voire disqualifié par les tenants d’une psychiatrie exclusive. Nous attendions une grande loi d’orientation permettant de fixer des grands objectifs pour la psychiatrie et ses partenaires dans le contexte de restructuration de l’ensemble de la santé lié à la loi HPST. Le rapport confié à Edouard Couty, ancien directeur de l’Hospitalisation et de l’Organisation des soins au ministère de la santé, pouvait constituer, malgré certaines ambiguÏtés et maladresses, une base de départ sur laquelle élaborer une telle loi. Or, que voyons-nous depuis dix-huit mois ? La mise en œuvre du discours du Président de la République à Antony qui, à partir d’événements dramatiques, a produit un amalgame entre un petit nombre de personnes effectivement dangereuses et les 600.000 patients soignés pour schizophrénie dans notre pays, dont un grand nombre est en situation de fragilité croissante. Ils sont de fait encore plus stigmatisés et leur accueil dans les hôpitaux se ressent des grillages et des murs que l’on a renforcés, des portes que l’on a refermées, des procédures de contention que l’on a généralisées. Est-ce vraiment cela que veut notre société pour ces centaines de milliers de patients qui sont aussi nos semblables, souvent les plus vulnérables et les plus démunis d’entre nous? Il n’est question pour l’instant que de la réforme de la loi de 1990 sur l’internement. On veut remplacer l’hospitalisation sous contrainte par la notion d’obligation de soins, y compris en ambulatoire. Si une telle proposition peut paraître de prime abord séduisante, voire progressiste, on n’a pas suffisamment perçu les effets pervers qui risquent d’en résulter dans une société dont on ne cesse d’instrumentaliser la peur. Nous pointions plus haut qu’il fallait du temps pour construire le lien de confiance indispensable aux soins. Or, si les mouvements négatifs du patient se traduisent par un signalement du psychiatre aux autorités qui pourront exiger du patient qu’il se soigne, nous ne sommes plus dans une logique de soins, mais dans celle d’un contrôle social et la place même des soignants s’en trouve radicalement interrogée. On peut comprendre que les représentants des familles, qui ne souhaitent pas que leur proche puisse être traité comme nous l’a montré ce reportage, envisagent favorablement ces soins sous contrainte en ambulatoire. Mais ils n’ont pas pris la mesure des effets pervers qui risquent d’en résulter et comment le temps essentiel dans l’engagement des soins n’est pas la contrainte (même si l’on ne peut parfois l’éviter), mais la possibilité de permettre une rencontre entre celui qui est consumé par le désespoir, la perte de son identité ou la peur des autres et un soignant capable de l’écouter dans son malheur. Sommes-nous encore capable de comprendre que le sort que nous réservons à ceux que l’on appelait naguère aliénés est le reflet de notre malaise social et que la violence dont nous avons eu un écho dans ce film est en fait l’affaire du groupe social tout entier ? Aujourd’hui, heureusement, les usagers ont pris la parole et c’est avec eux que nous devons refuser cette régression. Comme le disait Georges Daumézon, qui fut après guerre un des pionniers de la révolution psychiatrique que nous sommes hélas en train de liquider, le médecin peut combattre la maladie, seule la société peut combattre l’aliénation.
(1) Diagnostic and Statistical Manual, classification nosographique nord-américaine fondée sur la description des symptômes et des comportements. (2) Haute Autorité de Santé. (3) Hôpital, Patients, Santé et Territoires.
nd
URL source: http://www.mediapart.fr/club/edition/contes-de-la-folie-ordinaire/article/200510/est-il-encore-possible- darreter-la-destruct
http://www.mediapart.fr/print/82380 Page 3 sur 3

Psychiatrie: l’inadmissible mise à mort des groupes d’entraide mutuelle

22 mars 2010

10 Mars 2010 Par guy Baillon

Edition : Contes de la folie ordinaire

Avec l’inadmissible mise à mort, en février 2010, des groupes d’entraide mutuelle, salués par tous comme le diamant de la psychiatrie depuis 2005, l’Etat, à la veille des régionales, vient de se faire un terrible «croc-en-jambe». Il vient de détruire un espoir «formidable» qui tient à cœur des familles et des usagers de la santé mentale (représentant tout de même plus de 2 millions de personnes), et des acteurs de la psychiatrie et de l’action sociale (plusieurs centaines de milliers de travailleurs).

Ceci au moment précis où chaque année a lieu la Semaine d’information sur la santé mentale (SISM), du 14 au 21 mars: occasion où dans toute la France, tout ce monde se rassemble en diverses manifestations pour faire connaître à la population française la progression de la lutte contre la stigmatisation dont la folie et la psychiatrie sont l’objet, et comment les soins s’améliorent.(en pleine élection !)

En effet, une lettre du 22 février émanant de la nouvelle Direction générale de la cohésion sociale (DGCS), remplaçant celle de l’action sociale (DGAS), adressée à tous les départements, donne ordre de diminuer la subvention annuelle de chacun des 330 Groupes d’entraide mutuelle (GEM) de 4.000 euros.

Elle précise que le montant global de cette réduction sera attribué aux grandes associations nationales qui en sont les «parrains» (Fnapsy, Unafam, Croix Marine) et à deux autres (n’ayant aucun rapport avec les GEM). C’est semer l’opprobre sur ces associations : de l’argent est retiré à leurs filleules pour que les parrains en profitent ! Ces associations ont aussitôt réagi en exprimant leur colère. Mais la lettre est déjà diffusée à toutes les DASS.

Les GEM vont perdre cette somme ! Cela vaut la peine d’expliquer ce que cela représente : leurs 75.000 euros annuels sont prévus pour payer deux animateurs, acteurs essentiels pour stimuler le dynamisme de ces personnes isolées et abandonnées hors des soins et des actions sociales ; les GEM doivent en plus se trouver un local (dans les grandes villes cela peut aller pour 50 m2, ce qui est minuscule pour 40 à 80 personnes, jusqu’à 18.000euros) y ajouter électricité, eau, assurances, téléphone, un peu d’alimentation, quelques fournitures pour habiller l’espace et les activités quotidiennes : les 4.000 euros vont supprimer l’essentiel de ce qui fait là les miracles pour les rencontres quotidiennes.

Par ailleurs, cette décision, cinq ans après la création des premiers, va provoquer «l’insécurité» chez les associations gérant les GEM, voire la panique : qui peut assurer que chaque année une raison ne sera pas trouvée pour justifier que l’Etat n’ordonne de «rogner» un peu plus ?

Qu’est-ce que les GEM ? C’est une belle histoire dans la psychiatrie, cette même psychiatrie pour laquelle on construit maintenant des prisons. Là c’est tout le contraire.

Les GEM sont nés dans la continuité de l’histoire de la psychiatrie française, tout en en étant une étape nouvelle. C’est en effet autour de son ancêtre, le club thérapeutique, que la psychiatrie française a commencé à secouer les chaînes de l’écrasement de la folie par la machine hospitalière.

Ce club a été inventé à Saint-Alban entre 1940 et 1945. C’était à la fois une arme défensive contre l’occupant (alors que 45.000 malades mentaux mouraient de faim dans les hôpitaux psychiatriques français), et un instrument thérapeutique d’une haute valeur. C’est en effet en accompagnant les patients hors de l’hôpital que les soignants les ont sauvés de la famine en organisant avec eux un club pour coordonner avec la population environnante la maîtrise de leur alimentation, les patients avaient des rôles clés dans le club et faisaient preuve d’adresse et de compétences.

C’est grâce à cet outil (la psychothérapie institutionnelle, PI) que les soignants ont compris qu’en permettant aux patients de participer à la vie de la collectivité, hors hiérarchie, en partageant avec eux les différentes tâches de la vie quotidienne, ils donnaient accès aux patients à leurs propres ressources psychiques, les mettant en place «d’acteurs» et que cela avait une grande valeur thérapeutique (ceci donc avant l’apparition des neuroleptiques). Sous l’influence de ces acteurs, l’Etat a défini en 1960 « la politique de secteur » comme une « pratique de soin » s’appuyant sur les ressources «psychiques» de l’environnement social des patients. En fait, un décalage s’est introduit entre cette politique et l’invention des clubs qui allait beaucoup plus loin, puisque la politique de secteur modifiait seulement les rapports entre les soignants et la société, mais les patients n’obtenaient pas dans la gestion de l’hôpital la co-responsabilité obtenue avec les clubs, facteur de guérison.

Il a fallu attendre 50 ans ! 50 ans pour que les familles et les usagers fassent à leur tour la même découverte. Comprenant que les soins des troubles psychiques d’un côté, les compensations sociales des handicaps psychiques de l’autre, étaient encore insuffisantes pour accompagner un certain nombre des patients-usagers dans leur recherche d’une place dans la société (car persiste pour ces derniers un sentiment de dépendance très profond), familles et usagers ont puisé tant dans l’expérience des clubs thérapeutiques que dans celle des Clubs-house inventés aux USA vers 1960. L’Unafam (familles) et la Fnapsy (usagers) associées à la Croix Marine (fille de la PI) ont convaincu l’Etat (certains de ses agents étaient particulièrement ouverts à la vulnérabilité et aux potentialités des malades psychiques) qu’il était opportun, avec la loi de 2005 reconnaissant le handicap psychique, de créer les GEM (1).

En février, survient cette décision brutale, inattendue. Est-ce un coup de Jarnac ?

Serait-il dû au fait que la loi 2005-102 reconnaissant enfin l’existence du handicap psychique, c’est-à-dire des conséquences sociales des troubles psychiques graves, a été promulguée grâce à l’action déterminée et personnelle de Jacques Chirac ? Ce serait machiavélique à la veille d’élections. Non, c’est plus simple, mais d’une certaine façon c’est pire. Cela s’est produit en janvier, à l’occasion d’un changement d’agents ministériels. Cela veut donc dire que ce qui a été réalisé du temps de Jacques Chirac n’a aucun intérêt aux yeux du ministre. Plus simplement, nous sommes obligés de constater que cette avancée remarquable des GEM est d’une extrême fragilité, car en réalité ni le ministre, ni aucun responsable n’en a compris la valeur, la richesse et la portée. Qualités rares et du coup exceptionnelles, surtout lorsqu’elles sont rapportées à leur coût infime par rapport au budget de la santé. L’indifférence et l’incompétence en matière de santé mentale règnent-elles en maîtres au ministère de la Santé en France ? Est-ce vraiment pour faire des économies ? Pendant ce temps-là, l’Etat ouvre en grandes pompes de nouveaux centres de rétention pour malades mentaux dits dangereux, et élève à nouveau de plusieurs mètres les murs des hôpitaux, tout cela à prix d’or. Car cela coûte cher les murs. De qui se moque-t-on ?

N’y aura-t-il personne pour oser dire au Président qu’il a dans les GEM un des plus beaux diamants de la santé mentale, hors cadres habituels, et qu’en raison de l’ignorance de ses agents, ce diamant va être sauvagement abandonné ? Brisé. N’y a-t-il vraiment personne dans l’entourage du Président pour lui expliquer ce qu’est la folie, ce que peut faire la psychiatrie, ce qu’en complément les patients entre eux sont capables de s’apporter ?

L’originalité de ces GEM, c’est que pour y entrer les usagers n’ont pas besoin de passer par le sigle du handicap, la connaissance mutuelle de la souffrance psychique grave leur permet de reconnaître celui qui souffre et peut entrer. La subvention met à leur disposition le recrutement et la compétence de deux animateurs à qui ils indiquent les activités qui leur plaisent le plus. Ceci est assuré par le fait que l’association qui coordonne le GEM est composée à la très grande majorité d’usagers ; il s’agit donc d’autogestion, amplement contrôlée par le bilan d’activités annuel. C’était un exploit que d’avoir créé ces espaces créatifs. La fin de cette expérience serait une catastrophe, car elle apporte un témoignage sur les potentialités des patients, redonne un espoir fou aux familles, et en retour éclaire d’un jour nouveau les apports de la psychiatrie et de l’action sociale dont elle devient un complément d’une rare qualité.

Ce rêve est fini ? Il aura duré à peine 5 ans. Il a été accompagné avec timidité puis émerveillement par les familles, et aussi par des soignants. Il a mis en évidence la validité des associations d’usagers, et de leur fédération, la Fnapsy. Il a suffit d’un changement d’acteur au ministère pour que tout soit cassé. N’y a-t-il donc vraiment personne au gouvernail ?

Est-ce que ce bateau France n’est pas en train de naviguer «en pleine insécurité» ?

Mais non ! Voyons ! D’ailleurs nos médias, comme à l’habitude, vont aussitôt crier que la psychiatrie ne fait pas bien son travail, que les fous sont dans la rue, surchargent les prisons. C’est tellement plus facile de casser ! Alors que construire patiemment dans la solidarité, cela demande en effet du temps, de la confiance mutuelle, de la patience, un peu d’humanité.

Solennellement, il pourrait être affirmé au Président (au risque de nous contredire puisque nous n’aimons pas sa politique sécuritaire), que s’il doublait la subvention des GEM pour en créer 300 de plus en un an, il serait sûr d’augmenter de dix points la sécurité dans le monde de la psychiatrie, donc dans la société entière. Cette dépense serait dix fois plus modeste que l’une des quatre forteresses qu’il construit. Mais cette sécurité là est d’un niveau supérieur, ce n’est pas la sécurité contre le crime, c’est la sécurité de l’âme.

Guy Baillon, psychiatre des hôpitaux